Critique du cd de Pierre Pincemaille à Notre-Dame de Bon Voyage

Diapason No. 616 (septembre 2013)
Page 105 : les disques de A à Z

Pierre Pincemaille (Né en 1956) Cannes : “Un Festival d’Improvisation”
Programme :
Partita dans le style de Bach, Prélude et variations sur une mélodie populaire, Paraphrase sur “Audi, benigne Conditor”, Symphonie improvisée.
(Orgue Muhleisen de l’église Notre-Dame de Bon Voyage à Cannes)
Ctesibios 065.. 2011. TT : 1h08
Technique : 3/5

Contrairement aux idée reçues, il est impossible d’évaluer un disque d’improvisation à l’aune d’une “ambition qui serait de s’approcher à tous égards de la musique écrite”, comme le suggère Michel Roubinet dans son texte de présentation : retranscrits sur le papier comme on le fait hélas pour le légendaire Pierre Cochereau, dételés exercices ne peuvent qu’avouer les relâchements de leur contrepoint, la pauvreté thématique de leurs développements sur la seule tête du thème, la répétitivité de leurs progressons harmoniques accompagnant des crescendos sur des pédales interminables…

Ce qui compte, ici, ce n’est pas la qualité mais l’illusion de la composition et, de ce passe-passe, Pierre Pincemaille est un maître. La haute voltige est là dans toute sa gloire virtuose avec toutes ses pirouettes obligées : choral en trio, scherzos divers et la variation dans toutes ses déclinaisons ornementales et décoratives, avec prouesses techniques à tous les étages. Ce n’est pas un moindre exploit que celui de se couler dans des styles du passé. Il y en a deux dans ce disque. Le premier, dit “de J.S Bach”, dans le choral varié qui ouvre le récital : on le situerait plutôt quelque part entre Telemann, Krebs et Wilhem-Friedemann Bach, tous corrigés par Michel Chapuis. Beaucoup d’Allemands font aussi cela très bien mais, ici, sans réserve, chapeau ! Le second style, lui, ne souffre que deux courtes parenthèses : une variation néomédiévale en quintes à vide comme les affectionnait Yvonne Desportes ; un fugitif effluve ravélien, sans lendemain, en introduction au final. Ce style qui diffuse à travers le disque ses humeurs de batailles intergalactiques, c’est le style Cochereau devenu, sans mélange, le langage symphonique de Pierre Pincemaille. Impressionnant mimétisme su un gros orgue neuf dont les trente-deux-pieds grommellent à plaisir et en les chamades ne chôment pas.

Paul de Louit

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