Musicien des Cultes, un métier ? par Henri Pourtau

 

 

Même en ces temps d’effondrement des institutions, ils seront nombreux, ce dimanche encore à gravir l’escalier de orgue pour mettre leurs pas dans les traces de leurs ancêtres et y accomplir la même mission séculaire…. 

Ad Majorem Dei Gloria …! 

Car, c’est bien d’un apostolat qu’il s’agit !

Quelle flamme secrète habite donc tous ces serviteurs invisibles ?

Religion et Art ont, de tous temps, été pour les hommes des moyens d’accès vers l’Indicible.

L’organiste évolue simultanément en ces deux univers qui, pour lui, n’en font qu’un.

Musicien des cultes. Concertiste. Pédagogue, souvent. Avant que d’être un instrumentiste, l’organiste est d’abord un musicien. Il a de ce fait reçu, à un degré variable, un talent qu’il lui appartient de développer sa vie durant, comme il le peut, et en fonction de multiples paramètres.

Au concert, où la musique est vécue comme une fin en soi, il est un interprète. Au cours de la célébration, où la musique devient moyen, il devient, lui, un artisan.

Partenaire liturgique essentiel, il est réellement un imagier de la Parole. Maniant le plus immatériel et le plus fugace de tous les arts, il intervient pour aller au-delà des mots.

Par l’accompagnement, il ré-introduit l’Assemblée dans la dimension primordiale du Rythme et de l’Harmonie.

Par l’exécution, il met à la portée des fidèles les œuvres que l’homme a coutume de qualifier « immortelles » en les replaçant dans le contexte pour lequel elles ont été pensées.

Par le truchement de l’improvisation enfin, il prolonge l’enseignement de la chaire en soulignant tel ou tel aspect, il crée une atmosphère ou, tout simplement, il “fait entendre” le silence car il doit savoir s’effacer devant un silence « habité ».

De ce fait, l’organiste ne joue pas de son instrument à l’Office, mais c’est bien l’Office qu’il joue. Et cela dans l’écoute la plus scrupuleuse, la plus attentive. Et la plus respectueuse.

Il est une parcelle vivante de tous les artistes qui, au long des âges, ont œuvré au service de l’Eglise, les plus humbles comme les plus prestigieux.

Il est le Veilleur qui agit pour la dignité et l’élévation de la Communauté.

Les arcanes de son métier sont si subtils qu’il est souvent le seul à avoir un avis autorisé sur des questions qui ne peuvent que demeurer hermétiques à qui ne passe point la majeure partie de son temps à les creuser.

Son savoir-faire, sans cesse par lui-même reconsidéré à la seule lumière de ses doutes, sera d’autant plus riche et efficace, qu’un certain sens œcuménique lui permettra d’emprunter aux diverses confessions chrétiennes ce qu’elles ont donné de mieux en matière de musique.

De l’Eglise catholique il cultivera le sens de l’improvisation et la richesse de la modalité grégorienne. Des Eglises nées de la Réforme, il gardera la rigueur contrapuntique ainsi que la conception de l’orgue, moteur du chant de l’Assemblée. Enfin, de l’Eglise anglicane, il retiendra le sens de la noblesse et de la grandeur.

Rôle délicat mais exaltant, qui apporte à l’âme de celui qui l’exerce, de bien grandes joies.

Organiste ?

Une vie de discipline quotidienne. Une vie d’offices dominicaux, de casuels et de fêtes carillonnées.

Une vie à chanter la joie comme la peine…

Une vie à balbutier ce que l’on croit être les premiers mots de l’Indicible

Une vie à l’ombre des voûtes, à toute heure du jour ou de la nuit,  jusqu’à en connaître chaque gémissement, chaque silence…

Henri Pourtau

...le plus beau métier du monde MALGRÉ ÇA !