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31 juillet : Philippe Bardon (Pontoise)

Musique d’église à Cannes


par Henri Pourtau

 

Entre deux yachts, le casino et les marches du Palais, il y a aussi une place pour Palestrina et César Franck

 

Voilà un titre qui peut sembler bien anachronique. En effet, à côté de la vie éminemment mondaine, luxueuse, voire légère, de notre cité, la musique d’église peut apparaître comme une discipline bien austère. Et pourtant ! La substance est de prime abord modeste, mais il est nécessaire de l’explorer car elle en vaut la peine.

L’histoire de la musique sacrée à Cannes commence au Suquet, en l’église Notre-Dame d’Espérance. C’est là que l’on trouve mention d’un premier fait : en 1853, le Conseil de Fabrique de la Paroisse de Cannes, suivant le désir de la population qu’il soit établi des orgues en sa Paroisse, passe commande auprès d’une manufacture lombarde de Pavie : LINGIARDI.

Ainsi que l’atteste la délibération du Conseil de Fabrique de la Paroisse de Cannes, les motivations sont multiples : certes concourir à la pompe et la solennité des Fêtes religieuses, mais aussi par suite de la prospérité et de l’agrandissement de la Ville.

On sait en effet que Lord Brougham a découvert la ville en 1834. Vingt ans plus tard, l’engouement pour Cannes est en plein essor et la progression démographique est foudroyante.

Les frères LINGIARDI sont des facteurs célèbres en leur temps, ils ont construit de multiples instruments en Italie et dans le Comté de Nice, dont les plus remarquables sont ceux de Saorge qui date de 1847 et celui de La Brigue (1850). Nul doute que la réputation de la manufacture lombarde est parvenue jusqu’à Cannes puisqu’elle obtient en 1853 la commande d’un des plus grands instruments de sa production. (=> Note 1)

Cet orgue de l’église du Suquet est construit dans la plus pure tradition italienne du XIXeme siècle : c’est un instrument propre à imiter l’orchestre de son époque, c’est – dire l’orchestre rossinien avec de multiples registres qui imitent à merveille les instruments : clarinette, cor anglais, flûtes multiples, et, également un impressionnant lot d’accessoires de percussions avec des clochettes (campanelli), grosse caisse et chapeau chinois, le tout portant le nom évocateur de « banda militare ».

Eglise du Suquet : le beau buffet à l’italienne malheureusement défiguré par la boîte expressive…

En 1865, la Ville poursuivant son extension, il est décidé de construire un nouveau lieu de culte. Une délibération du Conseil Municipal du mois de février ainsi qu’un décret impérial de la même année autorise la construction d’une église neuve sur l’emplacement la petite chapelle Notre-Dame de Bon Voyage près de laquelle Napoléon, de retour de l’Ile d’Elbe, bivouaqua quelques heures durant la nuit du 2 mars 1815.

La petite chapelle du XVIeme siècle fut démolie et rasée. Cest bien dommage. Il eût pourtant été facile de l’englober dans le nouvel édifice… Hélas, l’engouement pour l’extension et la modernité a eu raison du petit édifice. Une gravure de l’époque napoléonienne montre la petite chapelle avec son élégant clocheton.

Une souscription lancée en 1867, permettait à l’abbé BARBE, Curé-Doyen de Cannes de solliciter les générosités potentielles en jouant habilement sur les diverses sensibilités : « Je m’adresse d’abord aux habitants de Cannes. Je connais leur générosité et leur ardent désir de rendre la ville plus agréable à leurs hôtes ; mais je sais qu’ils ne peuvent, à eux seuls, subvenir aux dépenses d’une église qui ne servira pas uniquement à leurs familles.

Je m’adresse ensuite aux étrangers qui viennent, chaque année en plus grand nombre, demander ici à Dieu le bienfait de la santé, et s’établir dans des maisons plus belles que la maison de Dieu. S’ils doivent à notre climat la guérison ou au moins l’espérance, ils aimeront à offrir à Dieu un témoignage perpétuel de leurs actions de grâces. S’ils ont perdu sur nos rives quelque personne aimée, ils confieront sa mémoire à nos prières, et sur les murs de notre église, monument d’éternels souvenirs, se liront un jour des noms illustres ou chéris.

Je m’adresse aux familles françaises, leur demandant de donner à la France et à l’Eglise un monument nouveau.

Je m’adresse aux étrangers, que dans le langage chrétien, je n’appelle pas des étrangers, mais des frères ; je les prie d’acquitter envers le pays qui les reçoit, une dette de reconnaissance et de prouver leur respect envers notre religion nationale…. »

Le carton de souscription pour la construction de l'église Notre-Dame de Bon Voyage

Cette nouvelle église fut ouverte au culte en 1879. Mais déjà, une partie de l’édifice était utilisée antérieurement puisqu’en 1874 la paroisse fait l’acquisition d’un petit orgue d’accompagnement construit par le facteur d’orgues marseillais, François MADER et placé dans une des tribunes au-dessus du Choeur.

carte postale ancienne où l'on aperçoit le petit orgue sur la tribune sud au dessus de l'autel

Cependant, il faut attendre l’année 1896 pour voir débuter à Cannes une activité de qualité dans le domaine de la musique sacrée.

Cette anné-là, Charles-Marie WIDOR, le prestigieux organiste de Saint-Sulpice à Paris (dont le frère Paul, Juriste lyonnais, possède une maison à La Galère, près de Théoule) encourage vivement un jeune musicien alsacien, Albert FROMMER, tout frais émoulu de l’Ecole NIEDERMEYER, à Paris, à se présenter au poste d’organiste et Maître de Chapelle de Notre-Dame de Bon Voyage.

Albert FROMMER est né à Strasbourg en 1875. Tout jeune, il fait montre de dons exceptionnels. Comme il possède une jolie voix de soprano il fréquente la chorale de son église. C’est là qu’il apprend les bases de la musique. (on ne dira jamais assez que les chorales d’église et les maîtrises de cathédrales ont été les plus vivants et les plus efficaces de nos conservatoires…)

En 1891, Albert FROMMER a 16 ans et doit penser à son avenir. La musique sera sa voie. Il obtient une bourse pour aller travailler la musique à Paris, à l’Ecole NIEDERMEYER.

L’Ecole NIEDERMEYER était spécialisée dans la formation des maîtres de chapelle et des organistes. Elle est d’une importance capitale dans l’histoire de la musique sacrée en France, elle avait été fondée dans le but de redonner à la France une musique d’église de qualité. Celle-ci en effet, mise à mal par la Révolution puis le goût déplorable de l’époque napoléonienne, en ce domaine, avait de grandes difficultés pour retrouver un niveau honorable. Par la pratique du Chant Grégorien et la découverte des vieux maîtres de la polyphonie, cette Ecole entendait travailler efficacement au devenir de la musique sacrée.

Donc, nanti de l’enseignement de NIEDERMEYER sanctionné par plusieurs premiers prix : orgue, piano, accompagnement et improvisation, Albert FROMMER, qui avait d’abord été organiste de choeur de l’église Ste-Elisabeth de Paris, sur la recommandation de Charles-Marie WIDOR, vint s’établir sur la Côte et prit ses fonctions en 1896.

Dès son arrivée, il transforme la vie musicale de Notre-Dame de Bon Voyage. En 1898, avec le concours de l’aristocratie en résidence à Cannes, il fonde l’Union Artistique, sous l’égide de la Princesse CZARTORISKA. Cette Union Artistique se consacrait à diverses manifestations données à l’Hôtel Gallia, aussi bien dans le domaine des lettres que de la musique.

Le 23 Janvier 1899, le Premier Concert des choeurs mixtes de l’Union Artistique est donné à la Salle de Concerts du Cercle Nautique (sur l’emplacement de l’ancien Palais des Festivals), sous la direction d’Albert FROMMER.

Le programme de ce concert définit ainsi l’objectif de la nouvelle Société : « …l’Union Artistique qui vient de se fonder et qui se présente au public aujourd’hui pour la première fois a pour but de propager la bonne musique et de mettre le résultat de ses efforts au service des oeuvres charitables… »

Rapidement, c’est le domaine musical qui va mobiliser toute l’attention d’Albert FROMMER. La section musicale de l’Union Artistique porte le nom d’Union Chorale, et c’est sous ce nom qu’on la verra apparaître comme Maîtrise de Notre-Dame de Bon Voyage. Ce Chœur toujours en activité est l’une des plus anciennes Sociétés de la Ville.

Pour assurer la promotion de son œuvre, Albert FROMMER n’hésite pas à solliciter les relations qu’il a tissées à Paris, c’est ainsi que l’on trouve de nombreux témoignages parmi d’illustres musiciens de l’époque, tels que Jules MASSENET.

En 1900, Albert FROMMER, s’attaque au problème du grand-orgue. Il faut à Notre-Dame de Bon Voyage un instrument digne de son activité musicale : le petit orgue construit par MADER en 1874 est insuffisant. Albert FROMMER réussit à réunir les fonds et un instrument sorti des ateliers de la Maison VIGNOLO de Marseille prend place sur la tribune qui, du même coup, est agrandie pour pouvoir recevoir aussi le choeur de l’Union Chorale. Cet orgue est inauguré en 1901 par un organiste venu tout exprès de PARIS : Alexandre GEORGES, ancien condisciple d’Albert FROMMER à Niedermeyer et organiste de l’église Saint-Vincent de Paul à Paris.

Albert FROMMER poursuit avec bonheur cette activité musicale très intense. Assez mondain, il sait attirer l’attention autour des concerts de l’Union Chorale et des récitals d’orgue, car les noms prestigieux se succèdent, l’espace d’un récital, à la tribune de notre-Dame de Bon Voyage de Cannes : Albert MAHAUT, Eugène GIGOUT, Marcel DUPRE, Louis VIERNE, Joseph BONNET, et bien d’autres….

La Grande Guerre n’entravera pas cette activité. Albert FROMMER, mobilisé, est remplacé par Emile STIEGLER, dont nous allons reparler, jusqu’à son retour en 1919.

Entre 1919 et 1940, la musique à Notre-Dame de Bon Voyage connaît un essor considérable. Chaque année, l’Union Chorale  donne un grand concert avec l’Orchestre du Casino Municipal dirigé par de grands chefs tels que Reynaldo HAHN. Des musiciens illustres viennent à Cannes et rendent visite à Albert FROMMER : André MESSAGER, Gabriel FAURE, qui, en Mars 1921, vient à Notre-Dame de Bon Voyage assister à l’exécution de son Requiem donnée par l’Union Chorale. En 1922 le Choeur des Chanteurs de la Chapelle Sixtine vient donner un concert. Et bien d’autres prestigieuses manifestations….

Les cérémonies liturgiques de Notre-Dame de Bon Voyage sont une référence musicale et revêtent un éclat très apprécié. L’Union Chorale y chante la grand-messe chaque dimanche. On peut y entendre le Plain-Chant mais aussi des messes en polyphonies acompagnées par l’orgue et aussi des membres de l’Orchestre du Casino Municipal. L’Union Chorale fait d’ailleurs l’acquisition d’une harpe et d’une contrebasse.

En 1925, la fille d’Albert FROMMER, jeune organiste de 12 ans, donne son 1er récital.

Albert FROMMER continua ainsi à œuvrer pour la plus grande gloire de son orgue et de sa chorale jusqu’à sa mort en 1952. On lui doit également un certain nombre de compositions : des mélodies et une messe.

La place qui est située devant l’église s’appelle d’ailleurs aujourd’hui la Place Albert FROMMER.

Albert Frommer à la console de l’orgue Vignolo de Notre-Dame de Bon Voyage

Cette brillante activité artistique, largement illustrée par la presse de l’époque occulte, quelque peu l’animation musicale de la vieille église du Suquet où officie pourtant un musicien de très grande valeur, mais aussi d’une non moins grande modestie : Roger STIEGLER.

Roger STIEGLER est le fils d’Emile STIEGLER. Emile STIEGLER est alsacien, lui-aussi. Il est né en 1862 et dut quitter sa terre natale. Son frère est religieux : il appartient à l’Ordre des Marianistes. Les Marianistes sont un Ordre enseignant et tiennent à Cannes le Collège Stanislas, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Cette opportunité fit que naturellement, Emile STIEGLER vint s’établir à Cannes et fut nommé au collège Stanislas comme professeur d’orgue et de chant choral où il exerça jusqu’en 1942.

Son fils, Roger STIEGLER, est né à Cannes en 1899, il fit ses études à Stanislas de 1906 à 1916. Il étudia d’abord sous la direction de son père, puis avec Albert RIBOLLET (=> note 2), organiste de la Cathédrale et Directeur du Conservatoire de Nice. Elève du Conservatoire National Supérieur de Paris de 1923 à 1925, il y obtint un 1er Prix d’orgue dans la classe d’Eugène GIGOUT. Il étudia aussi sous la direction d’André MARCHAL et fut suppléant de Charles TOURNEMIRE aux grandes orgues de Sainte-Clotilde à Paris.

La classe d’orgue du Conservatoire de Paris en 1924 : de gauche à droite ; Thierry (garçon de classe), Préver, René Malherbe, Paul Rouare, Pierre Revel, Roger Stiegler, Roger Manan (aveugle), Gigout, à l’orgue Paul Bédouin.

 

De retour à Cannes en 1929, il est tout d’abord organiste de Notre-Dame des Pins, puis en 1931, il est nommé organiste titulaire des orgues de Notre-Dame d’Espérance, avant de succéder à son père comme professeur d’orgue et de piano à l’Institut Stanislas.

Au début de cet exposé, nous avons quitté le Suquet et sa vénérable église avec l’édification de son orgue en 1853. Cet instrument très « italianisant » ne devait malheureusement pas perdurer. Le goût de l’époque ne permettait pas de considérer avec sérieux les orgues de cette facture.

Déjà, en 1879, Camille Saint-Saëns lui-même avait refusé de jouer sur l’orgue du Conservatoire de Milan construit par le même LINGIARDI.

Doit-on rappeler aussi que dans un autre contexte, à la Cathédrale Sainte-Réparate de Nice, on n’hésita pas, en 1901, à remplacer l’orgue de SERASSI construit en 1848 (l’un des plus grands de ce fameux facteur de Bergame) par un instrument de style symphonique édifié par Florentin MARTELLA vrai (ou faux) « élève de Cavaillé-Coll »(=> note 3). Cet instrument, dont subsiste aujourd’hui la magnifique élévation du buffet et de la tribune, comptait 42 jeux fut inauguré par Louis VIERNE et fut illustré par Albert RIBOLLET (=> note 2), dont il inspira une grande partie de son œuvre d’orgue.

A Nice, mais aussi à Cannes, cette attitude dénotait donc les transformations d’un goût peu enclin à apprécier les spécificités de l’orgue italien.

Donc, à Cannes, on suit l’évolution du goût parisien et, dès que cela est possible, on va transformer l’orgue LINGIARDI du Suquet pour le mettre au goût du jour. Cette opération s’effectue en 1920 et donne à l’instrument sa physionomie actuelle.

L’activité de Roger STIEGLER au Suquet est discrète. Trop discrète. Partagé entre son enseignement au Collège Stanislas et son service à Notre-Dame d’Espérance, Roger STIEGLER ne participe que rarement à des concerts. Il est mort en 1979 sans avoir vraiment accompli la carrière qu’il méritait. Son immense talent était pourtant notoire. Francis POULENC, lui-même, chaque fois qu’il venait à Cannes ne manquait pas de gravir la vieille colline pour aller entendre les improvisations du Maître cannois.

Au Collège STANISLAS où officie également Roger STIEGLER, il y a un orgue dans la Chapelle. Cet instrument fut construit en 1901 par Henri DIDIER, un excellent facteur d’orgue à qui l’on doit le grand-orgue de la Cathédrale de Laon, en Picardie. L’orgue de Stanislas est de style romantique. Il a connu vers 1970 une tentative malheureuse de baroquisation. Tentative qui n’est plus aujourd’hui qu’un mauvais souvenir puisqu’une restauration scrupuleuse menée à bien par les Amis de l’Orgue de Cannes lui a rendu sa poésie et son état d’origine en 1992.

Il y a d’autres foyers de musique sacrée à Cannes : notamment dans les églises de tradition anglicanes. Le seul instrument qui subsiste aujourd’hui est celui de l’église Saint-Georges dans la Californie. C’est un instrument anglais restauré en 1908 par la firme helvétique GOLL. Souhaitons qu’une restauration lui rende un jour sa jeunesse. Cet orgue est, de plus, placé dans un site admirable : l’église Saint-Georges est une copie du style gothique anglais fort réussie.

Citons également les temples protestants de la rue Notre-Dame et de l’avenue Georges Clémenceau qui sont dotés d’instruments.

Les premiers musiciens qui oeuvrèrent à Cannes furent d’origine extérieure à notre Ville : Albert FROMMER, Emile et Roger Stiegler, qui étaient d’origine alsacienne, ou René LEGEAY, ancien élève de l’Ecole NIEDERMEYER, lui-aussi, et ancien organiste de la Cathédrale du Mans qui fut organiste de Notre-Dame de Bon Voyage de 1959 à 1980.

René Legeay à la console Chéron de Notre-Dame de Bon Voyage

Mais, à la génération suivante, on assiste à une éclosion de musicien spécifiquement cannois. Albert FROMMER eut pour élèves sa propre fille, devenue ensuite Christiane de LISLE, organiste de choeur de Saint-Eustache à Paris et musicologue, René SAORGIN, bien cannois, organiste de la Cathédrale de Monaco, soliste international à la discographie prestigieuse.

Dans la génération suivante, on trouve Henri POURTAU, formé par René LEGEAY et René SAORGIN. Nommé Titulaire du grand-orgue de Notre-Dame de Bon Voyage en 1980, il crée, à la demande de Philippe BENDER, chef permanent de l’Orchestre Régional et Directeur du Conservatoire de Cannes, une classe d’Orgue dans cet établissement. En 1984, il crée également l’Association des Amis de l’Orgue de Cannes, dont il assure la direction artistique et qui portera de nombreux projets culturels. Dès 1999, après l’échec d’un projet de construction d’un orgue neuf à Notre-Dame de Bon Voyage et devant la volonté de la Ville de conserver l’ancien orgue « Vignolo-Chéron à transmission électrique, il conçoit le projet d’un grand instrument destiné, en plus du répertoire traditionnel, à servir la Symphonie et la Transcription.

Quant à la génération suivante de musiciens, ils ont tous débuté leurs études musicales au Conservatoire de Cannes :

Stéphane CATALANOTTI, organiste co-titulaire de Notre-Dame de Bon Voyage

Stéphan NICOLAY, Maître de Chapelle.

Rémi FARRUGIA, Carine CATALANOTTI, Charles-Henri MAULINI, organistes

Les benjamins d’aujourd’hui s’appellent :

Magdalène DUVILLARD, Thibaud VAN GORP, Daniel GOLDOBYNE…et ils ont entre 11 et 14 ans.

Thibaud (11 ans), jeune organiste mais aussi futur facteur d’orgues, avec deux instruments de sa fabrication…en papier.

 

 

 

 

La musique d’église perdure à Cannes depuis 145 ans. En comparaison avec les hauts lieux français de la musique, c’est une durée de vie assez courte. Bien que réduite cette période, elle est pourtant d’une grande richesse. Souvent modeste. Emouvante, toujours. En lisant dans le livre de son histoire, elle nous conduit immanquablement à la grande Histoire dont elle est un reflet ou une conséquence.

 

 

Notes :

(1) Extraits du Journal de Luigi Lingiardi :

« Depuis un an déjà, l’immense orgue qu’un facteur français réputé avait construit à Grasse (ville rivale de Cannes) pour non moins de quarante-cinq mille francs était achevé. Il fut inauguré par Mr Lefébure, organiste renommé de Paris, et remporta un succès tel qu’il fut proclamé le meilleur de tous les orgues du midi de la France (…) Tout comme cette nouvelle remplit mon âme de la frayeur à laquelle j’ai déjà fait allusion, elle contribua à saper la confiance des habitants de Cannes dans notre futur ouvrage (…). Voilà pourquoi je décidai de me rendre à Grasse avant d’avoir terminé mon travail, afin d’examiner cet orgue tant vanté (…). On m’ouvrit toutes les parties de l’orgue. J’en visitai l’intérieur, j’en jouai, je le fis jouer par l’organiste, et je découvris ainsi un excellent orgue de système français (…). Je le louai beaucoup en toute sincérité, comme il le méritait, mais la certitude de remporter la victoire avec notre système me fit exulter de joie ».

Vient le jour de l’inauguration : « Devant une ambiance aussi impressionnante, je n’étais plus tremblant comme à Plaisance, mais je n’attendais pas que Gambini* récoltât les applaudissement unanimes de la part du public, qu’il enthousiasma bien plus que ne l’avait fait Lefébure à Grasse. Même les habitants de cette dernière ville, jaloux et envieux du succès brillant remporté par la ville rivale, s’avouèrent vaincus, aussi bien auprès des habitants de Cannes qu’auprès de moi. Ils déclarèrent que cet orgue était en lui-même un orchestre complet et qu’il était au-dessus de toute comparaison avec celui de Grasse et avec les autres orgues français. Cette affirmation fut reprise et corroborée dans plusieurs journaux ».

En retour, Luigi Lingiardi s’empresse de renvoyer la louange à ses hôtes : « Quand ces français, éternels thuriféraires d’eux-mêmes, décident de rendre justice au mérite d’autrui, force est d’avouer qu’ils le font avec enthousiasme et sous les formes les plus exquises (même trop, je le sais) ».

Trois mois plus tard, nous retrouvons Aristide Cavaillé-Coll, qui visite l’orgue de Lingiardi : « Ils m’envoyèrent ensuite une lettre pleine de compliments flatteurs. Ils louaient beaucoup le timbre de tous les tuyaux à bouche, principaux, octaves, flûtes et trouvaient en particulier que le jeu de gambe et la voix humaine, si commune, produisaient un effet enchanteur ». Cavaillé-Coll exprime cependant quelques critiques que Luigi reçoit comme élogieuses, car elles relèvent en fait de choix techniques et esthétiques dont les buts ne se recouvrent pas, qui suivent de part et d’autre leur logique propre, mais qui stimulent chacun des grands facteurs : « Cavaillé-Coll m’attendait à Paris pour s’entretenir avec moi de diverses questions techniques. Jusqu’à présent, je n’ai pas eu l’occasion de répondre à son désir, qui est aussi le mien ».

(2) Le mystère semble dévoilé grâce à Monsieur Michel Evrard, de Toulouse. En effectuant des recherches sur le facteur Jungk, il a retrouvé la trace de Martella mais comme élève de Vincent Cavaillé-Coll et non d’Aristide…

(3) Albert Ribollet, né à Lyon le 6 août 1884, entre au Conservatoire de Paris en 1900. Il y obtient un 1er Prix d’harmonie et un 1er Prix de contrepoint. En 1910, il est organiste de Notre-Dame de Passy et Maître Chapelle de Notre-Dame du Rosaire. En 1913, après une blessure qui lui coûte une jambe, il se fixe à Nice comme organiste du Casino. Le poste d’organiste de la cathédrale lui est proposé, il l’occupera jusqu’à sa mort, le 11 avril 1963. De 1947 à 1954, il est directeur du Conservatoire de Nice dont il fonde la classe d’orgue. Il laisse une œuvre importante.


lettre de Charles Tournemire à Roger Stiegler

 

 

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